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Un banc rouge comme le sang des victimes

Publié le 4 novembre 2026

Laurent Jacques, Maire, et Giuliana Torterat, Présidente de l'Ancrage, ont inauguré ce banc rouge.

L’indifférence et l’inaction sont presque aussi terribles que les coups portés aux femmes. C’est pour interpeller et rendre hommage que l’Ancrage, avec le soutien de la Ville du Tréport, a installé un banc rouge. Dans notre pays, une femme meurt tous les deux jours, victime d’un féminicide.

Les bancs rouges fleurissent un peu partout sur le territoire national et, aujourd’hui, c’est au Tréport que l’un d’entre eux a fait son apparition. Cette initiative pourrait sembler réjouissante mais… le banc rouge est avant tout le symbole visible des violences faites aux femmes, des violences souvent tues auquel fait écho le nombre de femmes tuées.

Depuis le début de l’année, 128 femmes ont perdu la vie en France, tombées sous les coups de leur conjoint, compagnon ou ex-mari. Dans le registre des « VIF », les Violences Intra-Familiales, peu importe l’origine ou le milieu social. Les auteurs des faits se trouvent tout autant chez les nantis que chez les plus modestes. Les coups pleuvent indifféremment dans les logements dégradés que dans les belles demeures bourgeoises.

Par honte, par crainte de ne pas être crues, convaincues que cela ne sert à rien, par peur des représailles, par espoir que cela cessera un jour, pour ne pas plonger les enfants dans la précarité, les victimes se taisent le plus souvent. Chacune a sa (bonne) raison de ne pas parler, de ne pas se plaindre.

Violences physiques et morales

Pourtant, un signal envoyé, une réponse à une main tendue peuvent éviter les drames. « Il n’est pas possible de quantifier les résultats de nos actions », indique Éric Sénécal. Le directeur de l’espace social et culturel l’Ancrage a pris ce problème à bras le corps depuis plusieurs années et il ne manque jamais une occasion d’évoquer le sujet, surtout avec les premières concernées. Il constate par lui-même que les violences sont bien présentes dans notre secteur et que certaines adhérentes de l’Ancrage en sont victimes.

D’ailleurs, la brigade de gendarmerie du Tréport est celle de toute la région Normandie qui détient le triste record de Violences Intra-Familiales. Qui dit violences ne dit pas forcément coups physiques, ou pas seulement. La violence se traduit aussi par du harcèlement, des injures, par des tortures morales, par l’interdiction de se rendre dans certains lieux ou par des appels incessants avec l’injonction de se justifier.

« Nous encourageons ces femmes à parler et nous mettons en place des actions pour éduquer, dès le plus jeune âge, pour que chacun, garçon ou fille, sache ce qu’il peut faire ou pas. Nous avons des tags à l’accueil des Moussaillons. Nous avons aussi mis en place une action Baby rugby pour filles et garçons », explique M. Sénécal.

Une aide de proximité

Il est aussi essentiel de se mettre à la portée des femmes concernées. Se rendre à Dieppe pour obtenir de l’aide n’est pas envisageable pour toutes. Aussi, le Département de Seine-Maritime, en charge des affaires sociales, mandate des assistantes sociales spécialement formées pour tenir des permanences dans les gendarmeries ou pour venir dans différents lieux à la rencontre des femmes souhaitant parler.

Le Département de la Somme a aussi décidé d’aider au financement des bancs rouges. « Nos voisins de la Somme sont en avance sur nous sur ce point. J’interpellerai prochainement le Président du Département de Seine-Maritime pour que nous fassions la même chose », a indiqué Laurent Jacques, lui aussi sensible à cette cause, d’autant plus que « chaque victime laisse souvent derrière elle des enfants ». La Ville du Tréport a d’ailleurs financé le banc inauguré par l’Ancrage.

Il a été installé bien en vue dans la cour de l’épicerie solidaire. Le logo « En hommage aux victimes de féminicides », précédé de la mention « Tu n’es pas seule » et du numéro de téléphone 3919 sont bien en vue sur ce banc, pour permettre à chacun de relayer l’information.

Giuliana Torterat, présidente de l’Ancrage, a rappelé que c’est en Italie que cette initiative a vu le jour il y a une douzaine d’années. « Au début, ce sont des chaussures rouges qui étaient accrochées. Elles étaient parfois déplacées ou enlevées. La personne à l’origine de cela a alors décidé de peindre des bancs en rouge. Depuis, ils se sont répandus partout en Europe », a-t-elle expliqué après que trois représentants de l’Ancrage ont présenté une saynète qui a touché le public présent lors de cette inauguration.

Cette rencontre s’est achevée par une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes. Une telle action revêt toute son importance alors que, dans notre pays comme dans tant d’autres, le néo-virilisme gagne du terrain.